Traversée de la France à vélo : récit d’un voyage des Vosges aux Pyrénées
Traverser la France à vélo, c’est choisir la lenteur, l’effort et la découverte. Ce récit raconte un voyage à vélo longue distance, des Vosges jusqu’aux Pyrénées, en passant par la Bourgogne, le Massif central et les grands canaux. Une aventure de plus de 1100 km, première étape d’un projet plus vaste mêlant photographie, nature et exploration du Pays de l’Ours.
Un projet de voyage à vélo longue distance
Peut-être huit ou douze, c’est le nombre de jours que j’estimais pour traverser la France sur mon Compagnon. L’itinéraire tracé me proposait une aventure d’environ 1100 km. Il me faisait quitter les Vosges pour rejoindre la Haute-Saône, puis Dijon et ses vignes de Bourgogne, découvrir le Massif central par son Puy Mary pour descendre en Occitanie et rejoindre les Pyrénées.
Des Vosges à la Bourgogne : premiers kilomètres à vélo
La première partie du voyage était vallonnée. Une bataille perdue contre le vent, à coup de pédales en l’air. Une diagonale du vide jusque Dijon où trouver de quoi manger était parfois compliqué. Mais dès les premiers coups de pédales, le plaisir d’être sur le vélo m’a marqué. Le temps était consacré à écouter les oiseaux, admirer les paysages. Très loin de l’impatience que l’on peut retrouver en voiture. Nous quittons la rapidité, pour la découverte.

La Bourgogne à vélo : vignes, canaux et voies vertes
Arrivé à Dijon, c’était le retour de la modernité. Dijon se traverse plutôt bien à vélo, bien que j’eusse troqué le bruit des oiseaux pour celui des voitures. À présent j’allais évoluer parmi les vignes. Ces monocultures sont envoûtantes, tout est parfaitement aligné, rien ne dépasse, tout est optimisé. Ici nous pensons rentabilité et non biodiversité.
Nous avons la chance d’avoir, le long de nos canaux en France, des voies vertes. C’est celui du Centre qui me fera quitter la vigne. Ici tout est désordre. La végétation le long du canal est plutôt dense. Héron cendré, canard, passereau… ici il y a de la vie. Ils ont aussi l’atout d’être plats. Les kilomètres fusent et je me retrouve assez vite au pied du Massif central.
Entrée dans le Massif central : le voyage à vélo prend de la hauteur
Son entrée se fera par une longue ligne droite direction les monts de la Madeleine. Les robiniers et leurs fleurs blanches tombées sur la route nous donnent cette sensation de rouler sur la neige, c’est magnifique. Les premières montées se font avec force et sourire. Je suis heureux de voir que le vélo, même chargé, monte bien les bosses.
C’est dans ces montagnes que je m’aperçois du pouvoir du vélo : il donne le sourire au monde. Toutes les personnes que je croise ont un mot sympa, un encouragement. Beaucoup s’intéressent au voyage et cherchent un moyen de m’aider. Le vélo gomme l’égocentrisme pour la générosité.
Suivre les rivières : Allier et Alagnon à vélo
Une fois Saint-Yorre passé, un peu de plat nous repose avant les premiers et derniers grands cols. C’est l’Allier qui bercera la route à présent. Elle me fera entendre mes premières huppes fasciées, cet oiseau migrateur coiffé d’une crête, facilement reconnaissable à son grand bec et sa couleur roussâtre. Il compose des « woupwoupwoup » à travers la voûte végétale, agréable mélodie.
Nous quittons l’Allier pour l’Alagnon. Le voyage à vélo se résume-t-il à suivre des rivières ? Apparemment. Elle est sinueuse, sauvage, agréable à suivre. Elle nous guidera jusqu’au pied du Pas de Peyrol.
Une fois Saint-Yorre passé, un peu de plat nous repose avant les premiers et derniers grands cols. C’est l’Allier qui bercera la route à présent. Elle me fera entendre mes premières huppes fasciées, cet oiseau migrateur coiffé d’une crête, facilement reconnaissable à son grand bec et sa couleur roussâtre. Il compose des « woupwoupwoup » à travers la voûte végétale, agréable mélodie.
Nous quittons l’Allier pour l’Alagnon. Le voyage à vélo se résume-t-il à suivre des rivières ? Apparemment. Elle est sinueuse, sauvage, agréable à suivre. Elle nous guidera jusqu’au pied du Pas de Peyrol.


Le Pas de Peyrol et le Puy Mary : point culminant de la traversée
À partir d’ici, c’est une montée de soixante kilomètres qui nous attend, bien qu’entrecoupée par deux ou trois faux plats descendants très agréables pour les jambes. Le Pas de Peyrol est un col situé sur l’épaule du Puy Mary, un ancien volcan vieux d’environ 6,5 millions d’années. C’était le défi de la traversée.
Quand la route se lève, la loi de la gravité nous pousse dans la mauvaise direction. Mais les paysages nous font oublier la raideur et le col se montre petit à petit. Une fois au sommet, deux sentiments traversent l’esprit. Le premier est la fierté, la récompense d’en avoir bavé par une magnifique vue. Le second est celui du « yes ! enfin là-haut ». Quand tu es au sommet d’un col, tu sais ce qui t’attend : la descente.
La sensation de vitesse et le bruit du vent qui siffle dans les oreilles m’avaient manqué. Et sans effort, nous rejoignons Aurillac.
Nous prenons la direction de Cahors par le Lot avant de rejoindre Toulouse par le canal latéral à la Garonne. Ici il y a aussi des voyageurs à vélo. Souvent à contresens, un « bonjour » rempli de bonté est partagé.
Arrivée dans les Pyrénées : aux portes du Pays de l’Ours
L’excitation d’arrivée dans le Pays de l’Ours se fait sentir. Les derniers kilomètres à vélo se feront le long de la Garonne, avant de définitivement la quitter pour rejoindre les montagnes.
L’approche des Pyrénées se fait par un faux plat montant. En guise de bienvenue, j’ai le vent dans le dos. Certainement le plus beau cadeau pour tout voyageur à vélo. Les montagnes paraissent immenses, sauvages, presque inaccessibles. Elles sont recouvertes d’arbres, très verts, ne souffrant apparemment pas du manque d’eau. C’est dans ces forêts que je vais me perdre ces prochaines semaines, j’ai hâte.
Laisser le vélo pour continuer l’aventure
Une dernière nuit proche du vélo, avant de laisser mon Compagnon de route pour plusieurs semaines. Appelant la mairie un peu au dernier moment, ils ont réussi à lui trouver un endroit au sec. Est-ce la magie du vélo ou leur gentillesse ? Je penche pour les deux options.
La traversée se termine ainsi, dans un garage, à transvaser le contenu des sacoches dans mon sac à dos. Je vais vite remercier mon Compagnon d’avoir porté ce poids sur des centaines de kilomètres, sans ne jamais s’être plaint. À présent, c’est à mon dos de le porter.